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Andrew Knot

La marche vers la présidentielle 2012 draine inévitablement avec elle une pléthore de discours politiques. Cette campagne est marquée par les annonces et les discours, écrits dans un langage si scripté et orienté qu’il devient difficile de se frayer un chemin au-travers de cette broussaille politicarde  pour en comprendre la vraie signification. Le peuple américain est malheureusement le grand oublié des messages de ses leaders politiques, et un sentiment commun finit par se dégager du paysage partisan: la peur.

Aucun autre adjectif ne décrit sans doute mieux le climat politique aux Etats-Unis que celui de « craintif ». Les dix dernières années témoignent d’un pic dans les politiques d’intimidation, et dans les accusations. L’élection à venir n’apparait pas différente.

 Depuis les quatre dernières années et finalement depuis Bush-fils, le principal chef d’accusation des Démocrates à l’encontre des Républicains est la prétendue campagne d’intimidation du Grand Old Party. Avec différents degrés de légitimité, les libéraux s’élèvent contre les conservateurs en décriant la politique politicienne de diffusion de la peur. Ces accusations ont eu un écho sans précédent, et elles ont avec succès ouvert les portes du bureau ovale à la « machine Barack Obama » qui avait misé sur l’Espoir et le Changement.

Les élections de mi-parcours en 2010 ont vu naitre les ‘Tea Party’ au sein de l’arène politique. Comme ce phénomène de ‘Tea Party’ ne fait que s’accroitre, les accusations des Libéraux sur l’instrumentalisation de la peur aussi.

L’édition 2012 est fort différente des élections de 2008 et 2010. Aujourd’hui, les Républicains promettent le changement tandis que la tentative de réélection d’Obama transpire l’inquiétude. Les journalistes Ross Douthat et Maureen Dowd ont  pris d’assaut les pages du New York Times pour y étaler la dégringolade des stratégies de campagne d’Obama, qualifiées de réactionnaires et jouant sur l’intimidation. Reprenant alors les stratégies de leurs adversaires, les Conservateurs y répondent en conséquence: au début du mois, American Crossroads diffusait un montage vidéo juxtaposant le message d’espoir du président candidat en 2008 et sa version révisée avec les mots ‘peur’ et ‘dégout’.

La désillusion politique et la crainte sont répandues des deux cotés. Il est certain que les élections à venir porteront avec elles des changements lourds de conséquence pour notre pays. On peut inévitablement s’attendre à un accroissement du sentiment d’anxiété ; mais comment la peur peut-elle devenir le ton prééminent des discours politiques d’aujourd’hui ? Et comment l’électorat va-t-il réagir ?

Il faut tout d’abord comprendre que le problème de la paranoïa n’est pas partisan. Ni les Républicains, ni les Démocrates, ni les idées conservatrices ni les idées libérales n’en ont le monopole.  Les discussions politiques de nos jours sont tout aussi susceptibles de comprendre les calomnies des Libéraux sur la prétendue ‘guerre des Républicains contre les femmes’ ou les avertissements alarmistes des Conservateurs sur le soi-disant revirement communiste de l’Economie. Dire d’un Parti qu’il est celui de la peur, c’est faire sa propre forme de propagande.

Toute étude seulement politique de la peur serait incomplète, parce-que ce sentiment est aussi le dépositaire d’une vaste histoire théologique. Les auteurs de l’Ancien Testament identifient toujours la peur dans une relation à Dieu. Au chapitre 110, verset 10 du Livre des Psaumes et au chapitre 9, verset 10 du livre des Proverbes : « la crainte de Dieu est le début de la sagesse. » L’Ecclésiaste dit aussi que l’ultime devoir de l’homme est de « craindre Dieu et de garder ses commandements. » (Eccl. 12 :13)

Bien évidemment, l’explication de la peur par l’Ancien Testament est quelque chose de complètement différent de ce qui se passe en politique. Mais, point intéressant, l’Encyclopédie Catholique fait non seulement une différence entre une peur profonde (metus gravis) et une crainte légère (fetus levis), mais elle distingue une troisième sorte : la metus reverensalis, le genre de peur qui invite à la vénération, au respect et à la confiance. C’est cette peur qui est plébiscitée par l’Ancien Testament. C’est ce dont Jean Calvin parle quand il écrit « sans la peur de Dieu, les hommes n’observent pas la justice et la charité entre eux. »

Tout comme les Pères Fondateurs, Calvin reconnaissait la dignité de l’individu en tant que tel, du fait que la nature humaine soit créée à l’image de Dieu. Cette reconnaissance de l’imago Dei est ce qui manque quand le respect craintif du badinage politique en est réduit à répandre la peur.

Alors peut-être que ce dont a besoin le paysage politique ce n’est pas une prohibition de la peur, mais une revendication du sens du mot ‘peur’, qui soit davantage metus reverensalis que fetus levis. C’est la crainte que l’on trouve dans l’ADN culturel américain. Elle est présente, non pas sur les ondes de radio ou derrière une diatribe intimidante, mais dans la colonne vertébrale même de notre pays judéo-chrétien. Une fois le sens ‘révérenciel’ de la crainte restauré dans les politiques de notre pays, nous pourrons faire l’expérience d’une société imprégnée par la justice et la charité.