Le rejet de Dieu conduit à un monde rempli d’idoles

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Jean-Baptiste Noé

Le rejet de Dieu initié par les Lumières n’a pas conduit à un monde sans Dieu (athéisme), mais à un monde rempli d’idoles (paganisme). La philosophie des Lumières est vaste et dépend beaucoup de chaque philosophe.

Mais certains de ces philosophes ont suivi le matérialisme et ont rejeté le christianisme au nom de la déesse Raison, tout en se livrant à des expériences d’occultisme. (cf. Xavier Martin, Naissance du sous-homme au cœur des Lumières, 2014). Leur pensée n’était pas exempte de contradiction. Ils ont cru atteindre la libération des personnes lors de la Révolution en transformant les églises en Temples de la Raison. C’était peine perdue.

Si Dieu est absent, il n’y a plus ni vérité ni morale. À la confiance de la foi succède le relativisme des idoles. Dieu est effacé et l’homme est aboli. Il n’y a plus de différence entre l’homme, l’animal et la nature. Alors que l’homme avait pour mission d’achever la création et de corriger les effets néfastes de la nature, le panthéisme actuel le voit comme un rapace et un prédateur d’une nature bonne et parfaite. (cf. Rémi Brague, Des vérités devenues folles, 2019).  

Oubliés les ravages causés par les virus, les marécages insalubres et les épidémies. Oubliés aussi les sélections de plantes et d’animaux qui ont permis à l’homme d’améliorer la nature et de produire de quoi manger et mieux vivre. Le paysan est perçu comme l’agresseur d’une nature divinisée.

La société actuelle est matériellement très technique, mais intellectuellement de plus en plus archaïque. C'est-à-dire que l’on revient à des conceptions de l’homme et de la nature antérieures à l’ère chrétienne. C’est le retour au paganisme des idoles et aux dieux sauvages. Voire même aux sacrifices humains tant les écologistes les plus intégristes estiment qu’il faut sacrifier l’homme pour sauver la planète, notamment en n’ayant plus d’enfant. Le culte de la Raison a conduit à l’adoration de l’État, qui n’est plus compris comme une organisation humaine mais comme un dieu provident qui apporte le Bien à la population. (cf. Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835)   

Loin d’ouvrir une période de raison et de pensée, la philosophie matérialiste des Lumières a tourné le dos à Descartes en abandonnant l’âme et en ne gardant que la matière. Il devient de plus en plus difficile de discuter et de réfléchir. L’invective et l’insulte sont régulièrement employées dans le débat public. Le politiquement correct désigne ce qu’il est interdit de penser et d’aborder. Des croyances irrationnelles voient le jour et ceux qui les interrogent sont lynchés, comme autrefois Socrate et les prophètes.

Les Lumières matérialistes ont fait de l’homme la source et la racine de la pensée. Toute transcendance a été bannie; Dieu ne fait plus partie de l’espace visible et la théologie n’apparait plus comme un domaine d’étude. Ces philosophes croyaient gagner leur liberté en plaçant l’homme au centre. Mais en détachant l’homme de sa source divine, ils l’ont détruit lui-aussi. Reste Gaïa, figure idolâtre à laquelle les hommes doivent désormais sacrifier. Il est donc urgent de rétablir les véritables Lumières, celles qui s’inscrivent dans la pensée classique.       

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez vous reporter à ces deux articles : Le dieu sauvage ; L’écologisme, la grande menace pour l’homme

Jean-Baptiste Noé est historien et écrivain. Il est directeur d'Orbis