Discours du 25ème Anniversaire de l'Institut Acton

robert sirico25 ans est une longue période, même si vous avez vécu le double de ce nombre d’années, (parfois mon dos me le fait sentir). Pour mieux comprendre la réelle signification d’un quart de siècle, s’il vous plait, prenez en compte les exemples suivants d’évènements ayant pris place sur la période d'existence de L'institut Acton.

A l’automne 1989, des conversations informelles se déroulaient au sujet de la création d’une nouvelle institution, un effort unique qui viendrait en aide aux religieux et chefs d’entreprises, pour penser plus profondément, plus intensément, sur le potentiel de la liberté humaine et de la vertu, spécialement lorsque cela est exprimé dans une économie libre, le nom de cet effort naissant  était  « L’Institut de l’enseignement de la religion et de la Liberté », Le nom de Lord Acton, l’historien de la Liberté,  ne serait appliqué qu’après plusieurs autres conversations et au moment où une mission claire en émanerait. Nous n’avons jamais vu le travail de Lord Acton comme une sorte de Magistère pour représenter des efforts. Pour s’assurer que nous honorions la grande synthèse de la religion dans la liberté que nous retrouvions, et nous pensions qu’attacher son nom aux efforts que nous entreprenions ferait de notre Institut une réalisation plus personnelle.  

Noël 1989, lorsque ces conversations avaient lieu, Nicolae Ceausescu et sa femme Elena étaient exécutés en Roumanie et Vaclav Havel devenait président de la Tchécoslovaquie, comme elle se prénommait à cette période, et bien sûr, nous savons tous ici ce soir que le mur de Berlin n’est plus.

Parallèlement à la première année d’existence de la fondation Acton, l’Union Soviétique se désintégrait et leurs satellites devenaient indépendants ;

L’apartheid en Afrique du sud était démantelé ;

Les Sandinistes perdraient l’élection présidentielle du Nicaragua ;

Le génocide Rwandais était déclenché avec près d’1 million de personnes tué en une période de 3 mois ;

Les Talibans capturaient Kaboul et installaient un gouvernement en Afghanistan ;

Hongkong revenait à la Chine ;

Entre les années 90 et 2000, Spielberg tournait La liste de Schindler, le film Titanic sortait, les aventures d’Harry Potter étaient publiées, et le médicament le viagra remportait l’approbation du gouvernement ;

Le second millénaire du Christianisme commençait avec des célébrations mondiales mais sans que la prophétie laïque d’Armageddon ne prenne place ;

Le 11 septembre s’est déroulé en 2001, la même année où l’encyclopédie en ligne Wikipédia fut fondée ;

Ce serait aussi la décennie de la guerre en Iraq ;

Le Pape jean Paul II et Ronald Reagan mourraient dans cette décennie, les funérailles du premier n’étaient pas seulement les plus grandes funérailles de l’histoire mais sans aucun doute le plus grand rassemblement de Chrétiens jamais vu dans l’histoire ;

Barack Obama était le premier Africain-Américain à être élu Président des Etats Unis ;

Durant les 5 dernières années, nous avons été témoins d’un tremblement de terre d’une puissance de 7.0 sur l’échelle de Richter, faisant 230 000 morts à Haïti ;

Le Pape Benoit a démissionné ;

Et Oussama bin Laden, le cerveau derrière les attaques du 11 septembre, était exécuté dans sa cachette au Pakistan ;

Nelson Mandela et Margaret Thatcher décédèrent dans cette décennie, Le Roi Juan Carlos renonçait au trône Espagnol et ISIS commençait son offensive sanglante dans le nord de l’Iraq ;

Le mouvement « Occupy Wall Street » a inspiré les protestations de la liberté du marché ;  

Les premières licences pour les voitures sans chauffeurs ont été délivrées dans l’Etat du Nevada ;

Les autorités fiscales américaines ont visé les groupes conservateurs pour des examens supplémentaires en matière d’impôts ;

La loi sur La Protection des malades et des soins abordables, plus connue sous Obamacare, commençait à inscrire des personnes pour l’assurance santé du gouvernement fédéral élargi ;

Le Roi Salomon avait sagement fait remarqué « chaque chose à sa saison » : la Vie et La mort, Le rassemblement et le dispersement, le progrès et le déclin.

La lutte pour la liberté humaine est similairement marquée avec ses propres flux et reflux mais elle a en son cœur une dimension morale qui a des conséquences sur l’aventure humaine, qui trouve un sens spécifique à des points précis en chemin.

Un, pourrait dire que la substance de l'histoire humaine est soit la lutte pour les droits, la liberté humaine et de sa signification ou sa conséquence. Pour dire que c’est au cœur, un engagement moral est ne pas nier la nécessité institutionnelle pour assurer et partager les bienfaits de la liberté.

Les deux doivent être entrepris. Cela a notamment beaucoup de pertinence ces derniers jours, surtout compte tenu la division entre les émergents de la liberté religieuse et de la liberté économique, et l’ignorance dans de nombreux cercles concernant la connexion.

La morale et la création des institutions ont des éléments uniques, mais plus nous les comprenons dans leurs distinctions, plus nous les comprendrons dans leur recouvrement, et ainsi nous serons en mesure de garantir la liberté humaine pour les générations suivantes.

Mes amis, nous devons posséder la langue de la liberté morale ; nous devons faire de sa quête une noble mission, une fois de plus. Nous devons reprendre la présomption morale en faveur de la société libre. Nous devons donc associer étroitement la lutte pour la liberté humaine avec son fondement moral que lorsqu’on entend l’appel pour la liberté, on ne pense pas seulement aux bénéfices, mais aussi à la justesse de la cause dans les âmes des hommes.

Ce soir, je tiens à vous annoncer que la mission de l'Institut Acton permettra de s’élargir dans le prochain quart de siècle à reconnaitre la menace contre la liberté religieuse et l'attaque envers la liberté que le droit à la propriété privée sécurise. Le droit au fruit de la main d’œuvre de chacun n’est pas d'abord la demande de posséder des choses matérielles, mais la revendication de sa propre vie et de la liberté de la vivre.

La première fois dans l'histoire des arrangements politiques qu'une délimitation a été faite entre le pouvoir de l'autorité de l'État et l’autorité Divine était quand Jésus Christ lui-même a dit que nous devrions rendre à César ce qui était sien, mais à Dieu ce qui était de Dieu (cf., Mark 12 :17).

L'importance de cette distinction a commencé à émerger durant les 2 millénaires suivants. Finalement pour être réalisé et mis en œuvre, avec excellence par les Fondateurs américains. Dans le jargon de la plupart des gens d’aujourd'hui on parle de la « séparation de l'Église et de l’État », mais comme nous le savons, ce sont des mots qui n’apparaissent jamais dans les documents juridiques de la Fondation. Néanmoins, ils nous parlent d'une sensibilité commune présente dès le début, insistant qu'il n'y aura pas d’Eglise Officielle de l’Etat américain ou dans les paroles du Premier amendement disant que :

« Le Congrès ne fera aucune loi concernant l'établissement d'une religion ou interdisant le libre exercice de celle-ci... ».

Certains ont suggérés que la République serait plus en sécurité si le Premier amendement s’arrêtait après les 5 premiers mots – mais c’est un débat à reporter. Nous sommes témoins de la confusion croissante et générale dans beaucoup d’esprits contemporains qui voient beaucoup plus qu’une séparation institutionnelle mis en place par cet amendement. Certains veulent y voir aussi une séparation culturelle.

Cette incapacité à voir qu'il peut y avoir une séparation institutionnelle entre l'Eglise et l’Etat, sans une telle séparation entre la religion et la société existe surtout parmi ceux qui ne peuvent concevoir la différence entre la Société et l'État - les mêmes personnes qui pensent que chaque expression sociale doit être politique.

Compte tenu l’influence historique que la religion a eue sur la société américaine, du mouvement abolitionniste, au mouvement des droits civiques jusqu’au Mouvement « Pro-Vie » d’aujourd’hui, cette confusion est tout simplement intenable. Alors que même les papes ont parlé d'une « autonomie laïque légitime » dans la société, la religion ne peut pas être séparé de la société parce que beaucoup de personnes dans la société sont elles-mêmes religieuses et si elles sont libres, ça va tout simplement se montrer.

Ce n’est pas mon désir de trop m’attarder sur la Fondation américaine ce soir,  parce que l'Institut Acton est une entité internationale. Mais la lutte de la fondation américaine nous en dit long sur le combat pour la liberté universelle. La racine de cet ordre civique devrait être fondée sur quelque chose de largement spirituelle, comme ils le disent, sur " la nature et le Dieu de la nature “.

De même, les fondateurs parlent de l'homme comme « dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; qui, parmi lesquels sont la vie, la liberté et la poursuite du bonheur " s’alignant ainsi avec une tradition encore plus ancienne ne provenant pas de croyances et de la religion, mais de la loi naturelle articulée par des penseurs séminaux comme Aristote et Platon, ainsi que des théologiens classiques comme Saint Thomas d’Aquin. Les fondateurs ont été façonnées par une Culture chrétienne enracinée dans la loi naturelle.

Dans la dernière partie du XVIIIe siècle, ils recherchaient l'indépendance d’un règne de César qui avait étiré son long bras dans leurs vies, leurs entreprises et leurs maisons, en tentant d'exproprier leurs biens à travers une fiscalité injuste.

Pour être une fois de plus très clair, rien de tout cela n’est pour dire que l'inspiration originale pour l'indépendance des premières colonies était d'établir une religion d'État sur nos côtes ; mais le but n’était pas non plus d'établir un État basé sur l’athéisme ou sur un État basé sur l’Agnosticisme. Ils ont cherché à instaurer la liberté, une liberté compatible avec la foi et qui offrait aux croyants de cette ancienne époque la possibilité de construire une communauté religieuse libre, fidèle et prospère aux Etats-Unis et offrir un exemple similaire au reste du monde entier.

Passons maintenant à la réalité contemporaine, de profondes inquiétudes surgissent.

De récentes mesures législatives, juridique et exécutives avec des tendances culturelles, affectant la liberté religieuse et le droit à la propriété privée combinés, donnent un défi sinistre augmentant la préoccupation qu'ils installent le potentiel pour centraliser le pouvoir et empêchent le progrès humain authentique et la diversité. Si cela devient réalité, ça ferait machine arrière dans l’histoire et nous ramènerait dans une ère de contrôle, domination et stagnation.

Pour offrir une spéculation informée sur le déroulement potentiel de ces tendances, nous pouvons regarder quelque chose qui a eu lieu dans un passé pas trop lointain.

L’Univeristé Bob Jones a été la définition même d'une université fondamentaliste en Caroline du Sud pour l'ensemble de son histoire. Dans le cadre de sa croyance religieuse, elle a jugé que les relations interraciales à l'Université devaient être interdite. C’était une attitude odieuse qui avait besoin d’une correction. Mais comme dans beaucoup de choses, la vraie question n’était pas si sa position devait être corrigée, mais comment s'y prendre pour le faire.

En 1976, l'IRS avait sa propre idée sur la façon dont cela devrait être fait et était parvenue à la conclusion que l'Université n'a pas satisfait les exigences relatives à l'exonération fiscale, et en ce sens qu'elle n'a pas été en « harmonie avec l’intérêt public », et que le but de l'Université était « tellement en contradiction avec la conscience communautaire commune à affaiblir tout avantage public qui pourrait autrement être conféré. »

En 1982, la Cour suprême a confirmé cette position politique.

Compte tenu de l'évolution culturelle et maintenant juridique qui a eu lieu aux États-Unis et à travers le monde, en effet, je pense qu'il n’est ni extrême, ni pessimiste de penser que dans les années à venir nos institutions religieuses pourraient bien voir se produire des manipulations telles que des révocations du statut d'exonération fiscale ainsi que d'autres interférences dans l'utilisation de leurs biens, l'accomplissement de leur mission et la pratique de leur foi.

Comment cela pourrait-il avoir lieu ?

L’exemple le plus évident serait que ceux qui tiennent à ce qui a été accepté universellement et historiquement comme un mariage aussi longtemps que les gens ont été accouplés viennent de plus en plus d’être considéré comme les équivalents moraux de bigots raciaux. Ils pourraient facilement être considérés par certaines décision fiscale, ou la décision d’un juge ou par un ordre exécutif que ces églises ou les institutions ne sont pas en "harmonie avec l'intérêt public", et que leur but était "tellement en contradiction avec la conscience commune de la communauté à réduire tout avantage public qui pourraient autrement être conféré, " en révoquant ainsi leur statut juridique.

Pour être clair, je ne pense pas que la mission religieuse ait commencé sur la condition que nos institutions aient des exonérations fiscales ou de statut juridique. Certes, ce seul changement mettrait certaines organisations en cessation d’activité et augmenterait les charges d'exploitations pour les autres. Ça pourrait en effrayer certains jusque dans les catacombes, les coteaux ou le silence. Pourtant, cela en lui-même n’est pas la fin du monde. Maintenant, ne vous méprenez pas. Je pense qu'il est grand temps que les églises et les autres à but non lucratif ne payent pas d’impôts ; personnellement, je voudrais prolonger l'exemption à vous tous - mais cela est une autre affaire.

Mais ce pogrom devrait-il seulement s’arrêter avec les organisations effectuant des mariages ? Pourrions-nous demander au collecteur d'impôts de venir la semaine prochaine, par exemple, à l'Institut et à la demande d’Acton et demander que nous rendions hommage à l'État sous forme d'impôts parce que notre travail éducatif à but non lucratif ne s’inspire pas des programmes gouvernementaux existants ? En fait, nous n’avons pas besoin d’attendre une semaine. Cela s’est déjà déroulé. Incroyablement, l’expert du bureau de la ville de Grand Rapids refuse de reconnaître le statut « Exonéré d'impôt » d’Acton. Au niveau fédéral, ça a été concédé depuis notre création, il y a vingt-cinq ans. Nous faisons appel à la décision de la Ville au Tribunal des impôts, et prendrons le problème jusqu’à la Cour Suprême de l’Etat si besoin. L'intransigeance de la ville --- dont certains croient être politiquement motivée, a pris de notre modeste cellule de réflexion, à but non lucratif 330 000 $ en impôts fonciers réels et personnels au cours des trois dernières années, la date à partir de quand nous avons acquis notre immeuble au 98 Fulton. Chaque année, notre évaluation foncière dépasse maintenant 100 000 $.
N’est-ce pas ironique. Les nombreuses soupes populaires en bas de la rue du bâtiment d’Acton ne paient rien à la Ville. Aussi bien intentionnés soient-elles, et importants, car elles sont là pour satisfaire un besoin dans les cas extrêmes, elles traitent avant tout un symptôme de la pauvreté. Elles ne paient rien parce que la Ville les exempte de payer, et à juste titre. Mais Acton, qui vise à remédier à la pauvreté elle-même, doit payer à la ville une rançon de 330.000 $ pour ses propres bonnes œuvres.

Le vrai problème n’est pas une politique particulière ici et là, mais une façon de reflechir sur le rôle du gouvernement dans la société, sur l'ensemble de la philosophie derrière les accords des exemptions fiscales, la réglementation, les règlements de zonage, de l'accréditation, les licences et plusieurs autres interventions qui ratifient l'hypothèse que, pour maintenir l’ordre publique, un Etat envahissant et dominant est la réponse.

Cette mentalité dit que la gouvernance ne peut pas être assurée sans gouvernement – et un autre un plus amer – un qui regarde le contenu de chaque cuvette des toilettes, la construction de chaque crèche, allume-cigare, sanctuaire ou une nouvelle porte étant mis en, conçus, construite ou peinte.

Il est de cette hypothèse étatiste qui régit les communautés de la Ville de Grand Rapids à Washington, DC, et la plupart de tout le reste qui me préoccupe plus, car elles conduisent à des obstructions plus graves et plus profondes autre plus profondes.

En d'autres termes, si l'on croit, comme je connais de nombreux bureaucrates et Politiciens qui le font, que l'exonération fiscale est une forme de subvention du gouvernement parce que le gouvernement est la manière normative par laquelle la société s’institutionnalise, plutôt que de voir l'exonération fiscale comme étant une façon d’alléger des communautés d'hommes et de femmes libres d'un fardeau inutile pour ainsi accomplir des choses qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, alors un certain nombre de choses suivent:

Cela en effet inverse le principe de subsidiarité dans l'identification du premier et du plus normatif acteur social comme l'Etat plutôt que des personnes et voisins et leurs communautés ;

Il présume que l'argent produit par les citoyens appartient à l'Etat, plutôt qu’aux gens qui le produisent en premier lieu et sans qui il n'aurait jamais été produit.

Cette façon de penser fournit la justification de l'utilisation d'autres mécanismes légaux pour entraver le travail de nos églises et autres médiateurs institutionnels essentiels, y compris la famille elle-même.

En rendant inadmissibles un financement provenant de sources publiques ou privées d’organismes de bienfaisance associés avec les traditions religieuses - par le retrait ou le refus de licences et l'accréditation nécessaires pour leur permettre de fonctionner légalement et librement (pensez aux soupes populaires, les refuges, les établissements de soins de jour, cliniques, etc.); -par le fait d’utiliser des lois d'expropriation (qui était néfaste dans leur création et notoire dans leur expansion) qui confisquent la propriété privée et mettent le bien à ce que ceux aux pouvoir considèrent être un "usage social" accompagné avec une application similaire des lois de zonage pour interdire ou restreindre ou à contrôler la construction ou l'emplacement des églises ou des institutions affiliée à l’église – ou pourquoi pas? - Les familles avec trop d’enfants.

Une projection trop radicale, ou une évaluation trop hyperbolique, vous dites ? Je vous rappelle que nous constatons déjà un mandat gouvernemental tentant de forcer des types spécifiques de procédures médicales sur les institutions religieuse et privées.

Pourquoi le parcours de tout ça devrait s’arrêter avec notre incapacité à régir nos institutions publiques (et dans un monde étatiste, rappelez-vous, tout devient « public ») ? Pourquoi ne pourrait-il pas continuer sur le contrôle des individus au sein de leurs propres professions et entre les associations privées ? Pourquoi ne pas, laisser les entreprises une fois qu'elles sont "entré dans le courant du commerce" – entreprendre une expression juridique qui socialise efficacement la majorité des transactions économiques privés qui prennent place.

On a pas besoin d’avoir une imagination débordante pour spéculer comment ça peut rendre inconfortable des conseillers, des enseignants, des médecins, des pharmaciens, des psychiatres et des psychologues qui pourraient commencer à sentir qu’ils sont menacés par la perte de pouvoirs qui leur ont permis de pratiquer leur métier s’ils ne se prouvent pas eux-mêmes socialement utile.

Un instinct naturel (on pourrait même appeler ça un instinct de survie), s’éveille lorsque nous voyons cette trajectoire étatiste. Nous commençons à penser que la seule chose à faire est d'obtenir « le bon gars » au pouvoir.

Permettez-moi d'abord de préfacer ce que je suis sur le point de dire avec une assurance à ceux de nos amis qui soutiennent les politiciens et qui sont aussi politiciens eux-mêmes. Je vous parle avec beaucoup de passion et d'affection.

Après tout, même le Seigneur mangea avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs. Mais je me souviens de l’avertissement évocateur de Dietrich Bonhoeffer :

"Si vous montez dans le mauvais train, il est inutile de courir le long du corridor dans la direction opposée. "

Au cours des vingt-cinq dernières années, j’ai regardé de bonnes personnes investir, parfois très largement, dans le cycle électoral dans le grand espoir d’obtenir la bonne personne – ayant une vie décente, respectant la loi non corrompue, croyante et économiquement astucieuse dans le bureau, espérant qu'un tel chef de file serait éligible et changerait les choses.

Mais le changement ne se fait pas parce que les bonnes personnes se font élire ; bien les bonnes personnes se font élire parce que le changement a déjà eu lieu, spécifiquement dans les esprits et les cœurs d'un électorat.

Je ne préconise pas un abandon de la lutte politique ou du retrait de l'engagement politique ou le dénie que la politique peut changer une culture. Comprenez-moi ainsi quand je dis que je suis en désaccord avec ceux qui nous demande de céder à une pensée sectaire, pensant qu'il est préférable de se retirer du monde pour le sauver en préservant ce qui reste de la culture et afin de protéger nos familles. Je ne suis pas d'accord avec cette stratégie, car il n'y a pas de lieux pour se replier.

La technologie a pris cette option, ce qui a pu être un choix viable autrefois, est impossible aujourd'hui.

D'autre part, c’est une erreur mortelle de voir la politique comme le seul engagement culturel possible, ou bien qu’elle ait un rôle primordial dans la culture des économies. Ce n’est pas l'économie primaire, et comme la politique, l’économie doit être guidée par une norme au-delà de sa propre logique : l'éthique et la vérité. Le plus souvent, le changement culturel que la politique peut engendrer est négatif et non positif.

Je ne nie pas que la politique et la loi affectent notre culture. Ils sont importants. Mais, à la fin, la culture est une force bien plus puissante. En fin de compte, l’Empire Romain est passé de persécuter à tolérer le christianisme parce que le judaïsme et le christianisme ont changé la culture de l'empire - et non l'inverse.

A cet égard, quelque chose dont on parle beaucoup mais qui est peu compris est la vertu de la tolérance.

J’appelle la tolérance une vertu, même si elle est plus précisément une sous-catégorie de la Vertu cardinale de la force. De toute évidence, nous ne tolérons pas les choses que nous approuvons ; nous les embrassons. Le courage dont la tolérance est un sous-ensemble, est précisément besoin parce que nous tolérons des choses que nous désapprouvons - les choses que nous ne cautionnons pas, ni ne partageons.

Et voici un autre élément de cette discussion qui, je pense, peut préciser beaucoup de choses : la tolérance est la réponse que toute personne moral a pour une autre, mais elles ne sont pas appropriées aux idées que nous trouvons erronée.

Lorsque nous ne partageons pas certaines idées, concepts ou doctrines nous sommes en désaccord avec elles, espérons parce que nous pensons qu'elles sont fausses, voire nuisibles, et en fonction de la dangerosité de ces idées peuvent avoir, nous sommes en désaccord avec elles vigoureusement et même sans pitié.

Au cours d'une interview à la radio il y a quelques années (sur la radio publique, que je fréquente régulièrement comme un acte de pénitence) je suis accusé par un ministre plutôt exaspéré et progressif (ceux-ci viennent souvent en pack) de la manière suivante :

"Père Sirico, "dit-il en secouant la tête," vous pensez que tout ce que vous pensez est la vérité."

Je me suis arrêté, surpris qu'il ne voyait pas l'absurdité de sa position – mais tel est souvent l’incohérence des progressistes. Je plaidais coupable de l'accusation et demandais seulement en réponse, "Lesquelles de vos opinions fortement argumentées, monsieur, vous ne croyez pas être vrai ? "

Pourtant, cette cruauté ne doit pas s’appliquer aux personnes, qui toutes, peu importe ayant tort ou étant désagréable, sont des êtres façonnés à l'image de Dieu avec « Eternité » inscrit sur leur cœur ; êtres de merveille et pas de simples mortels, comme nous le rappelle CS Lewis, qui sont destinés à être soit "horreurs immortelles ou splendeurs éternelles. "

Alors laissez-nous nous sentir libres d'être impitoyable avec les idées, mais efforçons nous d'être infailliblement doux avec les gens. Je soupçonne que cette forme de courage sera de plus en plus nécessaire de notre part, je le crains, dans les jours à venir. Il pourrait bien en venir au point où dans ce pays, légalement, culturellement, institutionnellement et économiquement les choses seront difficiles pour nous. Je prie pour qu'il n’en soit pas ainsi. Ce serait une triste pensée, que la liberté se perde sous notre regard. Voilà pourquoi il est impératif que nous nous préparons nous-mêmes, d'abord spirituellement pour ce qui nous attend.

Heureusement notre tradition nous a laissé les idées de grands sages pour nous aider à savoir comment répondre à la difficulté et la souffrance, et tout se résume à aimer la vérité plus que nous nous aimons nous-mêmes et nos possessions et même notre bonheur dans ce monde. La vérité ne peut être sa propre consolation.

Nous devons nous préparer nous-mêmes et la direction de la prochaine génération à comprendre le fondement moral du commerce et de la manière vertueuse selon laquelle elle doit être menée. Nous devons être confiants dans les vérités qui ont construites notre civilisation, pierre sur pierre et brique sur brique.

Que les êtres humains sont porteurs de l'image de Dieu, dotés de raison, d’intelligence, créativité et liberté et en vertu de cette anthropologie, ont à la fois le droit de produire et de posséder les fruits de leur travail. Et grâce à ça, ils possèdent des droits indéniables dans leurs propres êtres, des droits pas accordés par un gouvernement, la religion ou même la famille. Des droits qui sont les leurs, tout simplement parce qu'ils existent.

J’insiste, devant vous ce soir, que cette définition de la personne humaine est le fondement même qui a permis à nos ancêtres de construire de manière libre et prospère une civilisation, parce qu'ils ne se sont pas  trouvés motivés par la cupidité ou une ambition vaine ou par des mandats contraignants - mais par la capacité à rêver d'une vie meilleure pour leurs enfants et leurs petits-enfants; parce qu'ils ont vu les utilisations potentielles des choses que d'autres survolaient; parce qu'ils étaient créatifs, ils étaient prêt à prendre des risques et ils étaient libre de construire l'expérience la plus prospère de la liberté que le monde n’ait jamais connu.

Dans le vingt et unième chapitre de l'Evangile de saint Matthieu, Jésus propose un dilemme moral sous la forme d'une parabole : Un homme demande à ses deux fils d’aller travailler pour lui dans sa vigne. Le premier fils décline, mais plus tard, finit par y aller. Le deuxième fils dit à son père qu'il va s’y rendre, mais ne le fait jamais. "Qui," Jésus demande : « A suivi la volonté de son père ? "

Bien que je ne suis pas disposé à affirmer que le point de Jésus dans cette parabole était une question économique, je ne peux m’empêcher de voir une leçon morale qui porte sur un argument durable sur la façon d'évaluer la réalisation de deux systèmes économiques dominants et rivaux se basant sur les deux derniers siècles et de leurs réalisations respectives pour le bien commun.

Les revendications de ceux en faveur de diverses formes de planification centrale ont affirmé sa supériorité morale sur l'économie libre en fonction de sa finalité sociale dans la création de la communauté, la solidarité et l'amélioration du bien commun.

Le socialisme, l'argument va, est sur la société, alors que le capitalisme est seulement basé sur l’argent - capital.

Les revendications de ceux qui préconisent la planification décentralisée et spontanée sont et restent souvent silencieux contre cette affirmation et ont tendance à se concentrer sur l'efficacité des marchés et de leur rentabilité, oubliant souvent d’accentuer les dimensions sociales ou morales de la question.

Lorsque nous prenons du recul et regardons ce que chacun de ces systèmes généraux a laissé dans son sillage, nous voyons ce fils qui a dit qu'il entretiendrait la vigne, mais en fait l’a non seulement négligé, mais en plus l’a saccagé, laissant derrière une perte. Tandis que le fils qui n'a montré aucun intérêt initial dans le vignoble a fini par en prendre le plus grand soin, en y démêlant une grande abondance et le faisant fleurir.

Vous et moi avons une obligation solennelle de dire les vérités que nous connaissons, et à le faire avec clarté, patience, et confiance. Il y a un quart de siècle l'Institut Acton a été fondée dans cette ville pour étendre l'idée que la construction de la société signifie prendre au sérieux aussi bien l’aspect moral mais aussi empirique de notre vie commune. Si nous sommes bien formés théologiquement, moralement, intellectuellement et économiquement, et si nous pouvons avoir un impact et laisser une autre génération formée de façon similaire et confiant dans la véracité non seulement des réalisations empiriques de la société libre et vertueuse, mais aussi avec une prise ferme de la morale qui fondent une telle société, et bien l’héritage et la mission confié à L’institut Acton fera à un bien long chemin.