Alexandre Soljenitsyne (1918-2008)

« Un seul mot de vérité doit l'emporter sur le monde entier »

Vers la fin de sa conférence du prix Nobel en 1970, Alexandre Soljenitsyne confirma le pouvoir de la littérature "à aider l'humanité dans ces heures troublées, à se voir telle qu'elle est réellement, malgré les préjugés des gens, l'endoctrinement et les partis." Par ces mots, ce grand homme a affirmé le pouvoir de la littérature pour répandre les vérités morales de nos vies, de nos sociétés, au travers de toutes les frontières nationales et ethniques. Soljenitsyne, peut-être connu pour la plupart comme un dissident soviétique, n'en était pas moins un artiste d'une grande distinction qui a héroïquement exposé les mensonges du marxisme-léninisme et annoncé la destruction de la société russe traditionnelle et des communautés religieuses aux mains des Soviétiques.

Soljenitsyne a brandi la bannière des fondations effritées par le système soviétique et, peut-être plus que d’autres, fut responsable de son effondrement. En effet, sa mission artistique fut de faire la chronique -dans des œuvres comme Une Journée dans la Vie d'Ivan Denissovitch, Le Pavillon des cancéreux, Le Premier Cercle ou encore l’Archipel du Goulag- de la catastrophe que la révolution bolchevique et la répression soviétique opéraient sur la Russie. Soljenitsyne n'a jamais oublié l'injustice de son propre emprisonnement dans le Goulag soviétique et les histoires de ceux qu'il rencontrait là-bas.

Dans ses œuvres, leurs sacrifices ne seraient pas oubliés. Comme il le dit dans son poignant discours au prix Nobel (sorti clandestinement d’Union soviétique en 1972 et reçu sensationnellement dans le monde entier), la violence, à la fois physique et mentale, ne peut pas s'opposer à la vérité éternellement. "Et au plus tôt le mensonge sera envolé, au plus tôt la nudité de la violence sera révélée dans toute sa laideur (…) et cette violence, décrépite, tombera», écrit-il. Exilé d'Union soviétique en 1974, Alexandre Soljenitsyne s’installe alors aux États-Unis. Mais les élites libérales occidentales, sentant venir la condamnation cinglante de l'écrivain, furent promptes à se retourner contre lui. Les chercheurs Edward E. Ericson et Daniel J. Mahoney ont raconté comment la journaliste Jeri Laber, qui en 1972 avait fait l'éloge de Soljenitsyne en tant que personne et écrivain, décrète en 1974 que son art est terne et ses idées politiques réactionnaires. Sa généralisation en est mémorable: «Il n'est pas le « libéral », que nous aimerions qu'il soit

Qu'aurait-elle pensé du célèbre discours d'ouverture de Soljenitsyne en 1978 à  Harvard où il catalogua les défaillances de l'Ouest, y compris le matérialisme rampant, la superficialité des médias, et la lâcheté morale des intellectuels? Debout devant la crème de l'intelligentsia de Cambridge, Soljenitsyne a accusé l'Occident de laisser pour compte "l'héritage moral de siècles de chrétienté, avec toute leurs réserves de miséricorde et de sacrifice". Il pointa du doigt les élites politiques et intellectuelles pour leur lâcheté, leur «manque de virilité » dans leurs relations avec les agresseurs et les terroristes internationaux. Il a déploré l '«espace sans limites » que l'Occident avait fourni pour la liberté humaine sans faire de distinctions pour la décadence humaine. « L'Occident a finalement produit des droits de l'homme, et même à l'excès, mais la responsabilité de l'homme envers Dieu et la société a connu une croissance variable et variee. »

Enfant, Soljenitsyne a profondément été influencé par sa tante Irina, qui lui a inculqué l'amour de la littérature et de l'orthodoxie russe. Mais il s'est éloigné de la foi chrétienne, charmé par l'endoctrinement de l’Etat marxiste-léniniste. Ce fut son expérience dans la réalité des camps de travaux forcés qui l’amena à la ‘metanoia’, changement d’état d’esprit qui le mit sur la route à la repentance. Ericson et Mahoney ont écrit à son propos : « Il est retourné avec sa délicatesse d’adulte à une vision chrétienne du monde, celle de son enfance». « La réflexion profondément mature de Soljenitsyne sur les vérités chrétiennes a été formée par son expérience dans les camps de prisonniers. Il a été témoin des limites de l’humanité, des élévations comme des tréfonds de l'âme humaine. »