Wilhelm Roepke (1899-1966)

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«Nous avons besoin d'une combinaison d’une grande sensibilité morale et de la connaissance économique. Le moralisme économique ignorant est aussi répréhensible que l'économisme moralement insensible. Éthique et économie sont deux sujets tout aussi difficiles, et alors que le premier nécessite le discernement d'experts, le deuxième ne peut se faire sans les valeurs humaines

Soldat décoré de l'armée du Kaiser, Wilhelm Roepke rentra chez lui depuis les tranchées de la Première Guerre mondiale en 1918, déterminé à veiller à ce que la civilisation occidentale ne connaisse jamais plus une crise de ce type, qui a conduit aux horreurs de la guerre de masse. Sa vie devenait désormais la lutte contre toutes les formes de collectivisme - que ce soit du national-socialisme, du communisme, ou de la societe welfariste - et la promotion de la société libre, qui, croyait-il, avait besoin d'être ancrée dans une culture de l'humanisme chrétien.

Il émergea rapidement comme l'un des premiers experts en Europe sur les affaires du cycle de la théorie, mais Roepke était également connu pour ses points de vues libérales dans l’économie classique. Critiquant vivement le communisme et le nazisme, Roepke a prononcé un discours en public à Francfort-sur-le-Main le 8 Février 1933, dans lequel il a directement critiqué le régime nazi, nouvellement installé. Roepke était en effet parmi les premiers professeurs purgés hors de l'Académie allemande par les nazis. Réalisant qu'il n'y avait pas de place pour lui dans le Reich de mille ans d’Hitler, a quitté Roepke partit en exil en Novembre 1933, pour finalement s'établir en Suisse où il vécut jusqu'à sa mort en 1966.

Son exil n'a pas diminué l'engagement de Roepke dans le monde des idées. Son travail fut très influent sur Ludwig Erhard, l'initiateur du miracle économique d'après-guerre à l'Ouest de l'Allemagne, qui commenca avec la libéralisation de l'économie en 1948. Plaidant ainsi sans relâche pour la nécessité de ces réformes, Roepke aida également Friedrich von Hayek dans la création de la Société du Mont Pèlerin en 1947, une académie internationale d'intellectuels consacrée à protéger la liberté contre la marée du collectivisme qui balayait alors l'Europe. Chrétien engagé, Roepke se décrivait comme un protestant qui souhaitait que la Réforme n'ait jamais eu lieu. Bien que convaincu de l'autonomie de l'économie en tant que science, Roepke pensait aussi que les vérités découvertes par l'économie n'avaient pas contredit la vérité  finalement trouvée dans la Révélation chrétienne. Ses écrits sur la philosophie économique sont pleins de références à des figures comme saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, et Hugo Grotius. Roepke admirait aussi beaucoup la doctrine sociale catholique, en particulier son articulation du principe de subsidiarité.

En 1962, Roepke a reçu la Médaille Willibald Pirckheimer en reconnaissance de ses immenses travaux et réalisations pour la cause de la liberté et de la vérité économique. Lisons cette citation: «La mesure de l'économie est l'homme ; La mesure de l'homme est sa relation à Dieu». Il ne pourrait y avoir aucune sommation plus affinée parmi les principes les plus profonds qui sous-tendent l'engagement de Wilhelm Roepke pour la liberté humaine authentique.